Mémoire : Jacques Mesrine
Témoignages, citations et retranscriptions de K7 audio
Au cours de l'histoire, l'État à toujours cherché, pour mieux les éliminer, à transformer ses propres ennemis en ennemis publics. Si cet état de fait se vérifie encore aujourd'hui avec notamment des personnalités comme Antonio Ferrara, Christophe Khider, Julien Coupat et bien d'autres, cela l'était aussi dans les années soixante-dix, vis à vis d'un certain Jacques Mesrine
Né en 1936, il fut assassiné sans sommation (sujet polémique) le 2 novembre 1979 porte de Clignancourt à Paris par des policiers de la brigade Anti-Gang dirigée alors par le Commissaire Robert Broussard (ancien patron de la brigade Anti-Gang de l'époque et fondateur du R.A.I.D en 1984).
Les médias officiels d'hier ont beaucoup parlé de Mesrine sans jamais lui donner réellement la parole. Ces mêmes journalistes ont sorti un nombre incalculable de fois ses paroles hors de leur contexte.
Présenté à l'époque comme un tueur, un voyou ou encore un mégalomane désirant faire parler de lui, nous allons retranscrire dans le présent article, plusieurs citations extraites de K7 audio enregistrées par Jacques Mesrine à différentes périodes de sa vie ainsi que quelques bribes d'interviews de personnes l'ayant côtoyé.
Ces enregistrements nous dévoilent une facette de lui plutôt méconnue et mise de coté par la presse audio-visuelle.
*un tag dans les rues de Rennes
Comme il aimait à le rappeler, Mesrine n'a jamais été un ennemi public, pour la bonne et simple raison qu'il ne s'en ai jamais pris au public, mais aux banques, à certains dirigeants de l'administration pénitentiaire, aux policiers ou gardes forestiers qui tentaient de l'abattre et pour reprendre ses mots, à ses ennemis du milieu. Milieu du banditisme sur lequel il a plusieurs fois exprimé son désaccord, voir son dégout.
Ses critiques et points de vue sur le monde carcéral sont d'ailleurs toujours d'actualité.
Mesrine est aussi celui qui, réussi à faire connaitre au grand public de France, les conditions de détentions dans les prisons et à demander la fermeture des Quartiers de Haute Sécurité.
Sabrina Mesrine témoigne de l'attitude de Broussard qui célébrait la mort de son père vidéo ici :
"Il y avait les inspecteurs Broussard et Aimé Blanc, j'ai demandé à voir mon père, ils ont refusé. Ils m'ont emmenée au Quai des Orfèvre, ils m'ont laissée dans une pièce pendant 2, 3 heures ou je suis restée toute seule. Dans une autre pièce il y avait vraiment du bruit, donc Broussard est arrivé avec les autres inspecteurs, ils ont commencé à boire le champagne. Broussard a ouvert la porte de la pièce où j'étais, m'a proposé une coupe de champagne et cette coupe il se l'est mangé dans la figure et je l'ai traité d'assassin".
— et comment a-t-il réagit ?
— il a rigolé, il s'est marré."
Ci-dessous, deux photos prises lors de l'attroupement autour du cadavre de J. Mesrine :
*Broussard semble savourer l'instant tant attendu, la mort de celui qu'il avait pourchassé en vain pendant des mois.
Citation de Roland Agret article source :
"à l'époque où Mesrine était en QHS, je menais, avec d'autres personnes du comité d'action des prisonniers (C.A.P), des actions contre ces fameux QHS. J'avais d'ailleurs eu des rapports épistolaires avec Jacques Mesrine à propos de la prison[...] J'ai bien connu la compagne de Jacques Mesrine[...] Sylvia Jeanjaquot m'a raconté que l'immeuble était cerné de flics en civil et qu'ils auraient pu arrêter Mesrine au moins à deux reprises alors qu'il faisait des allers-retours à son véhicule, les bras chargés de carton. En fait, ils lui ont tendu un guet-apens. Ce qui m'avait le plus choqué à l'époque, c'était de voir les images des policiers en train de boire le champagne sur le capot de la BMW de Mesrine. Ça montre le cynisme d'un pouvoir qui avait décidé de se débarrasser de lui."
Citation du comédien Dominique Zardi qui l'avait rencontré :
"C'est un géant en ce sens qu'il a pu obtenir ce que des ministres n'ont pas obtenu. La suppression des Q.H.S (Quartiers de Haute Sécurité) par exemple. Du reste il a été très jalousé par des gens plus importants que lui dans la hiérarchie de ce pays (la France). Il a été jalousé par le commissaire broussard, il a été jalousé aussi par giscard destaing, qui a beaucoup œuvré pour qu'on débarrasse ce personnage du panorama français. C'est ainsi que ce bonhomme a été férocement éliminé".
Citation tirée de la K7 audio testament de J. Mesrine, enregistrée le 29 octobre 1979, que vous pouvez retrouver ici :
"Au final, je vais rester un exemple, peut être un mauvais exemple. C'est ça qui est terrible, c'est que certains vont faire de moi un héros. Mais en fin de compte il n'y a pas de héros dans la criminalité, il n'y a que des hommes qui sont marginaux, qui n'acceptent pas les lois. Parce que les lois sont faites pour les riches et les forts. On en sait quelque chose. Moi j'ai choisi d'être aisé par le crime, en m'attaquant presque toujours, je pense, aux nantis et aux riches et j'étais plus riche qu'eux, parce que j'avais l'amour en plus. L'amour et puis, je pense, le courage, le courage de mes opinions et puis d'être ce que j'avais décidé d'être."
Voici quelques passages tirés de son livre "L'instinct de mort". Les paragraphes retenus ici sont ceux en lien avec les conditions pénitentiaires. Mais le livre parle aussi de sa vie d'homme en cavale, de ses histoires d'amitié et de ses relations amoureuses, avec bien entendu des scènes d'aventures de braquages et de frictions avec les forces de l'ordre. "La Santé : une vielle fille lépreuse, fleuron de l'administration pénitentiaire française. Rien n'avait changé dans le régime cellulaire. Six mètres carré d'une cellule plus ou moins propre pour y vivre vingt-trois heures sur vingt-quatre. L'oisiveté la plus totale.
Quand on entre dans une prison, on perd beaucoup plus que sa liberté. On sait qu'on y trouvera le domaine de l'arbitraire, de l'injustice et des abus de pouvoir de toute sorte. On y devient "l'otage pénal", avec le chantage au parloir, le chantage à la grâce ou à la liberté conditionnelle.
En franchissant les portes de cette austère maison d'arrêt, je me fis la promesse de ne pas y moisir longtemps".
"Je passais mes journées à lire et à faire du sport dans ma cellule pour être en excellente condition physique. Bien des petits gars que je croisais n'avaient rien à faire en prison. Ce n'était pas leur place à ces malheureux, les misérables petits délits qu'ils avaient pu commettre n'exigeaient pas un emprisonnement.
Mais la société est ainsi faite : elle prépare à l'école du crime qu'est la prison, ses futurs ennemis publics numéro un de demain, au lieu d'aider les jeunes délinquants à s'en sortir.
J'avais connu cela, à une époque où, si la société m'avait donné ma chance, tout aurait été différent pour mon avenir.
J'avais fait payer très cher à cette même société son manque de compréhension. Et bien qu'incarcéré, je ne m'avouais pas vaincu. Je connaissais mes limites. Je n'en avais pas".
"Le 6 juin 1973 au matin devait représenter mon dernier jour de détention à la prison de la Santé. J'étais certain d'une chose : à quinze heures, je serais libre ou mort. J'avais préparé mon plan d'évasion dans les moindres détails. Tout pouvait paraitre impossible. Mais moi j'y croyais.
Une fois de plus j'allais mettre ma vie dans la balance.
Je m'étais longuement préparé à la difficulté de cette action. J'avais étudié toutes les situations qui risquaient de se présenter à moi. je savais le danger que représentaient les gendarmes, bien capables de sacrifier leur vie pour le devoir de leur mission.
J'allais être seul contre tous. Une seule erreur de ma part et c'était une mort rapide, mais certaine.
Je préférais cette fin à une longue détention. J'avais même envisagé ma mort avec une certaines philosophie. Car accepter sa détention, c'est reconnaitre que l'ont a perdu.
J'avais été arrêté le 8 Mars et avais fait la promesse au commissaire Tour d'être dehors en trois mois. Il avait pris cela pour une plaisanterie, une bravade. Il n'allait pas tarder à se rendre compte que je ne bluffais jamais".
*les fameuses "cours de promenade", en forme de camembert, des Quartiers de Haute Sécurité, crées en 1975, après les révoltes politiques des prisonniers durant l'année 1974..
"Celui qui entrait en prison sans argent ressortait dans les mêmes conditions et n'avait comme seule solution que de commettre un autre délit pour vivre. Psychologiquement, la détention est destructive ; pas d'éducateur pour ceux qui auraient voulu apprendre un métier, pas de service social et des soins médicaux quasiment inexistants. La société nous encageait et faisait de notre détention beaucoup plus un règlement de comptes qu'une dette à payer avec espoir de s'en sortir un jour".
"Au Québec, j'allais devenir un des pires criminels que la province ait connu. J'allais y kidnapper un milliardaire, y être accusé d'un meurtre que je n'avais pas commis, être acquitté de ce même meurtre, condamné à onze ans de pénitencier pour attaque à main armée, m'évader, être repris, tenter d'autres évasions... puis réussir l'évasion impossible du plus dur pénitencier canadien, attaquer des banques, avoir des fusillades avec la police, abattre des gardes provinciaux, y régler des comptes et, pour couronner le tout, attaquer un pénitencier fédéral pour tenter d'y libérer des amis et malgré cela, ma tête mise à prix, je réussis à quitter le pays".
"Nous savions que ce que nous avions décidé d'entreprendre était presque impossible, il fallait être fou pour tenter un coup pareil."
Toujours dans "L'instinct de mort". Jacques Mesrine nous décrit L'Unité Spéciale de Correction situé à St-Vincent de Paul, peu de temps avant d'y être lui même incarcéré, pour avoir tenté de s'évader d'une prison Canadienne. L'USC était la prison la plus dure du Canada.
"L'unité spéciale de correction, plus simplement appelée U.S.C, avait été construite pour y incarcérer les durs à cuire du Canada ou considérés comme tels par l'administration pénitentiaire. Mais on y enfermait surtout les récidivistes et spécialistes de l'évasion.
Des architectes s'étaient penchés sur le problème de la sécurité absolue, en s'appuyant sur l'électronique et le ciment armé pour édifier cette construction. Au mépris de tout sentiment humanitaire, ils avaient tracé jour après jour les plans qui avaient pour but de détruire le psychisme des hommes, des plans qui donneraient au Canada, des années plus tard, les criminels les plus sanglants qu'il ait jamais connu".
"Faite pour détruire, l'U.S.C fit de nous des fauves criminels qui, de dangereux qu'ils étaient, devinrent superlativement dangereux après un stage dans cet établissement.
L'évasion classique étant le sciage de barreaux, il fut décidé d'éliminer ce risque en ne faisant aucune fenêtre.
Chaque cellule devint de ce fait un bloc de béton sans aucun espace vers la lumière du jour. Une porte métallique commandée électriquement constituait la seule ouverture. Au plafond, on installa un encadrement de trois pieds sur deux en vitres blindées et absolument inaccessibles, cela pour permettre aux gardiens armés de surveiller les hommes en surplombant les cellules.
On fit une petite trappe grillagée pour permettre le gazage de tout détenu qui aurait le moindre geste de révolte. La lumière devait fonctionner 24h/24. Ce qui équivalait pour celui qui était condamné à vivre dans ces conditions, à ne jamais voir la nuit ni la pénombre. Cette lumière constante devenait une obsession.
Certains n'en dormaient plus et détraquaient leur système nerveux jour après jour... jusqu'à la folie ou le suicide.
Deux bouches d'aération amenaient l'oxygène nécessaire à la vie. Les contrôles étaient absolus. Les gardiens, protégés par des cages de verres blindées, n'entraient que très rarement en contact avec un détenu. Si le cas se présentait, ils n'étaient jamais moins de trois face à un seul détenu.
Quatre miradors pourvus d'un armement complet encadraient cet enfer de ciment et devaient dissuader toute tentative d'évasion.
Les architectes assurèrent le gouvernement fédéral que d'une telle construction, aucun homme ne pourrait jamais s'évader.
Tout au long du trajet qui me conduisit vers l'U.S.C, je n'eus que cette pensée en tête : "je ne pourrai rien tenter".
La renommée de cette unité n'était pas surfaite, on y détruisait dans l'œuf, tout projet en s'attaquant au psychisme de l'homme. C'est avec une certaine appréhension que je vis le fourgon stopper devant l'immense pancarte à 20 mètres de l'entrée et ainsi rédigée "Halte. Identifiez vous en parlant dans le haut-parleur. N'entrez pas sans permission."